INTERVIEW

Noémie

" Petite, j'étais très timide et renfermée, je n'osais pas parler des autres enfants qui me répétaient que ce n'étaient pas mes vrais parents "
Noémie
24 ans

Son histoire

Je suis d’origine thaïlandaise et j’ai été adoptée à l’âge d’un an et demi. Autant vous dire que je n’ai aucun souvenir de mon adoption, ni même de ma période d’adaptation en France. Je n’ai pas souhaité entamer de démarche pour connaître la raison de mon adoption, ni pour rencontrer ma mère biologique. Quelque part la réponse m’effraie et j’arrive à me dire que cette femme, qui qu’elle soit, l’a fait pour que je sois heureuse dans la vie. 

 

Je suis enfant unique car mes parents m’ont adopté à l’âge de 39 ans. Ils ne m’ont jamais caché mon adoption et ont toujours su répondre à mes questions. Ils ne m’ont jamais fait sentir que j’étais adoptée car le sujet devait venir naturellement de moi-même et non d’eux, telle était leur philosophie. 

 

Aujourd’hui, je suis devenue négociatrice d’affaires dans le secteur informatique et je dois dire que j’adore ça.  Mes parents m’ont donné le goût du travail. J’ai une relation très proche avec eux, je me fais même surnommer « fille à papa » par mes amis car je partage beaucoup de choses avec eux.

 

 

Son récit

Enfance

J’ai eu une très belle enfance et j’ai obtenu tout ce dont j’avais besoin pour m’épanouir et même plus. En revanche, à l’école c’était différents, de la part des enfants et des parents ! Les enfants me rappelaient sans cesse que mes parents adoptifs n’étaient pas mes vrais parents et quelques fois des parents d’élèves demandaient aux miens « combien je leur ai couté » ou « comment l’avez vous choisi ». 

Mes parents ont du avoir beaucoup de discussions avec moi pour me faire comprendre que j’étais leur fille et qu’ils m’aimaient. Ils n’ont jamais fermé le dialogue sur le sujet. 

Adolescence

Adolescence ca-tas-tro-phique. En pleine recherche d’identité, le père d’une copine me fait croire que j’ai été « achetée ». J’ai fait l’erreur d’y croire et je me suis rebellée contre mes parents. Ils n’ont jamais su pourquoi, jusqu’au jour où j’ai voulu commettre l’irréparable. Suite à cela, mes parents, ont décidé de m’emmener dans mon pays d’origine, j’avais 14 ans. Et ce voyage m’a réellement permis de me reconstruire ! J’ai pu voir ce qu’aurait été ma vie, et ce j’avais actuellement comme vie. L’adolescence doit être la phase la plus difficile lorsqu’on est adopté et je l’ai très mal vécue.

Vie adulte

J’ai pris mon indépendance très vite et j’ai cherché du travail. Un employeur m’a cru « instable » émotionnellement parce que j’étais adoptée. Mais plus les années passent, plus le « monde » ne me rappelle plus que j’ai été adoptée. Et je peux vous dire que ça change beaucoup de choses le fait qu’on ne vous rappelle pas constamment que ce ne sont pas vos parents biologiques ! Aujourd’hui, plus personne n’y fait attention et je reçois même des sentiments d’admirations pour mes parents mais eux, ils s’en fichent. Je suis leur fille, depuis toujours. 

Le mot de la fin

J’ai rencontré beaucoup de difficultés du fait que j’étais adoptée mais pas de ma famille mais de la société. Hier, j’en voulais à ces gens, aujourd’hui, je ne vois que de l’ignorance. Si mes parents n’avaient pas été aussi explicatifs dans mon adoption, j’aurai sûrement pris un mauvais chemin. En revanche, je les remercie de n’avoir jamais lancé le sujet eux-mêmes, ça m’aurait constamment rappelé que je n’étais pas d’eux. 

Son petit conseil

Ce n’est pas forcément vous en tant que parents qui ferez des erreurs mais les mots que d’autres peuvent dire à votre enfant. Alors si tel est le cas, pensez à bien prendre le temps de lui expliquer pourquoi et comment vous l’avez adopté.