INTERVIEW

Thomas

" Je suis de nature très curieux et j'ai toujours besoin de comprendre "pourquoi" pour me construire "
Thomas
38 ans

Son histoire

Je suis ne sous X en France. Ce n’est que bien plus tard (à 28 ans) que j’ai appris que mon ADN était algérien. Il y a quelque temps, j’ai pris conscience que j’avais besoin d’écrire ce que je ressentais face à mon adoption mais aussi afin de retracer mon histoire d’adopté et pour m’ouvrir aux autres.. J’ai pour cela créer deux blogs (un en français et l’autre en anglais), qui retracent mon histoire, mon parcours et surtout mon ressenti. J’y raconte les étapes importantes qui ont marqué ma vie. 

J’ai un frère et une sœur, tous les deux également adoptés. Mais pour ma part, contrairement à eux, j’ai eu besoin de retrouver ma famille biologique. Pendant l’enfance et l’adolescence, me voir chaque jour face au miroir a fait grandir en moi le désir de comprendre à quoi et à qui  je devais ce visage. Quand j’ai enfin décidé d’entamer mes recherches,  mes parents m’ont soutenu dans mes démarches et sont restés très ouverts. J’ai eu la chance de trouver très rapidement la trace de ma mère biologique, dont le premier contact s’est fait par lettre. J’avais 28 ans. Nous nous sommes rencontrés quelques semaines plus tard et elle m’a raconté toute mon histoire. C’est ainsi que j’ai appris que je venais d’Algérie. Nous sommes en contact réguliers depuis. Cela fait 10 ans.

Quelques années plus tard, je me suis rendu avec elle en Algérie. Lors de ce séjour j’ai rencontré sa mère, ses frères et sa soeur. Elle m’a fait visiter Alger. J’ai même pu retrouver mon père biologique et je l’ai brièvement rencontré.

Aujourd’hui, je travaille dans le secteur du design de bureau en Asie. Mes parents adoptifs m’ont donné le goût du voyage et de l’aventure. 

Mes parents ne m’ont jamais caché les raisons de mon adoption. Ils ont eu cette démarche de ne jamais rien me cacher et d’accepter mon destin si particulier. Ils ont su trouver les bon mots et nous ont  inculqué d’être fiers de notre histoire familiale.

Son récit

Enfance

J’ai eu une enfance rêvée ! Idéale pour tout enfant car j’ai reçu beaucoup d’amour. J’ai grandi dans une toute petite famille par la taille mais avec un cadre affectif très fort. J’étais très proche de mes grand-parents et j’ai toujours eu ce dont j’avais besoin. Et pourtant très jeune je me disais que « je ne mérite pas autant d’amour ». Aussi je ne me sentais pas totalement à l’aise dans le milieu social dans lequel ma famille évoluait. J’ai encore du mal à comprendre ce sentiment mais je sentais que je n’appartenais pas a cela. D’une façon ou d’une autre je voulais  marquer ma différence et cela se traduisait par un désintérêt de ce que ma famille me proposait parfois. J’avais besoin de prendre « le contre pieds ». 

Adolescence

A l’adolescence, ma relation avec ma mère s’est dégradée, comme si quelque chose s’était rompu entre nous. Je ne la sentais plus « légitime », ce qui nous a créé des problèmes de communication et de compréhension et dans ma tête d’adolescent je me disais que de toute façon nous n’étions pas reliés biologiquement, donc comment pouvions nous nous comprendre ? J’étais comme  dans l’impossibilité de me faire comprendre d’elle. Pourtant avec mon père tout allait bien car je ressentais une envie de sa part d’aller vers moi. En plus de mes questionnements identitaires, j’étais épris d’une immense liberté à un jeune age. Je voulais quitter la maison familiale le plus tôt possible afin de voler avec mes propres ailes.

Vie adulte

Puis, l’âge adulte est arrivé. J’ai commencé à faire un petit travail et puis j’ai quitté le foyer pour prendre mon indépendance. La chance m’a sourit, j’ai eu l’opportunité de travailler à l’étranger et j’ai saisi l’occasion. Non pas pour fuir mais car l’inconnu m’épanouit. Je n’ai pas de problèmes concernant le fait que je sois adopté dans mon entourage personnel mais il est vrai qu’en ce qui concerne mes relations professionnelles, je ne l’ai pas dévoilé. Simplement parce que je trouve que c’est un sujet très intime et ne me livre pas facilement aux autres.

Le fait de vivre a l’étranger m’a permis de redémarrer a zéro  à plein de niveau. Et je ne partage que très rarement mon parcours d’adoption. J’ai eu ce réflexe de renfermement pendant de nombreuses années. J’ai récemment eu des événements dans ma vie qui m’ont fait comprendre qu’il était dans mon intérêt d’assumer et d’être plus ouvert par rapport a mon histoire. C’est ainsi que j’ai crée mon blog.

Le mot de la fin

Je n’ai pas rencontré de difficultés liées au regard des autres parce que j’étais un enfant adopté. En revanche, j’ai eu  un grand besoin de savoir d’où je venais et quelle était mon histoire pour me construire, car j’estime qu’elle m’appartient. Cette quête m’a mené au delà de tout ce que j’aurais pu imaginer. Certes, j’ai répondu aux questions originelles du désir de savoir mais d’autres questions sont venues au fur et à mesure et je n’y étais pas préparé. Il m’a fallu du temps pour digérer tout cela. Écrire mon blog m’aide beaucoup.

Son petit conseil

Pour celles et ceux qui souhaitent retrouver leurs origines : préparez vous bien émotionnellement car il est possible que rien ne se passe tel que vous l’avez imaginé ou prévu. C’est aussi la beauté de la démarche, c’est un saut vers l’inconnu.  

Je suis à la disposition de tous ceux qui sont en plein questionnement si ils veulent parler et échanger.